Romainville se voit Autrement

François Dechy, le nouveau maire de Romainville (photo Jean-Claude Djian)

Romainville a choisi le changement en élisant au fauteuil de  maire François Dechy, un homme qui vient de la société civile allié à une liste citoyenne et divers gauche et écologie. Face à lui Philippe Guglielmi, membre du PS et ancien élu de la ville, n’a pas pu apporter la vraie rupture attendue par rapport à la municipalité sortante dirigée depuis 22 ans par Corinne Valls. Retour sur la campagne du 2ème tour in situ.

A l’image des tendances nationales, le taux de participation à Romainville a été faible avec 36,55% de votants (votes nuls : 1,16%, votes blancs : 1,66%). François Dechy a été élu avec 53,27% (2 902 voix), Liste Autrement, Romainville à Vivre, réunissant les deux listes arrivées 2ème et 3ème au 1er tour des municipales, face à Philippe Guglielmi (PS), liste Unis pour Romainville 46,73% (2 546 voix) qui réunissait un certain nombre d’élus de l’ancienne municipalité. 

Romainville est une ville de 26 510 habitants de Seine Saint Denis. Coincée entre les communes de Montreuil, Bagnolet et des Lilas, Romainville est principalement connue pour son cinéma « Le Trianon » au style Art Déco. C’est là, que dans les années 80 se tournait l’émission « La dernière séance » d’Eddy Mitchell. La salle d’Arts et Essai n’est pas la seule à être reconnue. A Romainville, on trouve la Maison de la Philo, seule structure municipale dédiée à la pratique philosophique pour les enfants et les adultes – Nous y reviendrons dans un prochain article – 

Romainville verra arriver dans deux ans la prolongation de la ligne 11 du métro. La place de la République sera alors à moins de 15 minutes. Le prolongement du Tramway T1 desservira aussi la ville. L’arrivée de ces deux moyens de transport commencent à attirer nombre de personnes. Pour la nouvelle municipalité ces rendez-vous sont importants. Car la ville prendra un nouvel essor et aura un rayonnement plus important.

Dimanche 28 juin. 

21h00. Il n’y a personne à l’intérieur de la permanence d’Autrement. Dans une galerie à côté, des militants boivent un verre. 

« Il n’y a personne de la liste Autrement, Romainville à Vivre dans les parages ? »

« Ils font le dépouillement dans les bureaux de vote. » Me lance un quarantenaire qui se roule une cigarette. 

J’enfourche mon vélo et me dirige vers l’Espace Cachin, le PC de la liste Unis pour Romainville. C’est ce qu’on appelle, un espace de proximité où il y a une salle de danse pour enfants et adultes. Dehors jeunes et adultes attendent en discutant. Les jeunes ne portent pas de masques. J’entre masqué. Entre les deux portes issue de secours de la salle, deux tables ont été dressées sur le parquet en bois. Autour 10 chaises en plastiques sur lesquelles sont assis Philippe Guglielmi et une partie de ses colistiers. Ils ont enlevé leurs masques pour mieux communiquer. Ils recueillent fébrilement les résultats sortis des urnes des 13 bureaux de vote de la ville. Du bureau 1 de la Mairie, en passant par le 5 de l’Espace Nelson Mandela en passant par le 10 de l’Ecole Primaire Charcot (voir article La distribution des devoirs : Une super B.A. !) pour terminer par le bureau 13 de l’Ecole Primaire Maryse Bastié. On compte et recompte. Il faut vérifier. Cela prend du temps. Les minutes s’égrènent.

Philippe Guglielmi (photo Jean-Claude Djian)

Philippe Guglielmi, consulte son portable. Puis demande à mi-voix à sa voisine. « Combien ils font pour le 11 ? »

« On n’a pas encore les résultats définitifs Philippe. »

Le prétendant à la mairie lève les yeux. Me regarde et sourit.

« C’est long. Il faut être patient. » Je ne sais pas si il le dit à moi ou à lui-même. Cheveux noirs geais tirés en arrière, chemise blanche, costume gris sur lequel on peut voir au revers de son veston la rosette de la Légion d’Honneur. Notre homme, originaire d’Antibes, la soixantaine, a plusieurs distinctions à son actif dont la croix de la valeur militaire avec citation et la médaille de guerre. Avant de se lancer dans la politique, il a été militaire de carrière et ancien casque bleu au Liban où il a été blessé lors d’une embuscade au sud de Beyrouth 

21h30. Philippe Guglielmi quitte son siège et sort pour se dégourdir les jambes. Un homme rentre. 

« Alors ? C’est pas fini ? A Bagnolet on a déjà les résultats définitifs. »

Philippe Guiglielmi arrive derrière lui. 

« Bonjour ! »

« Bonjour Philippe. C’est long ! »

« Hé oui ! C’est comme ça. »

Il se rassoit à sa place. Les résultats arrivent les uns après les autres. Les listes Unis pour Romainville et Autrement, Romainville à Vivre sont au coude à coude sur plusieurs bureaux. Rien n’est encore définitif. 

« Et Cachin. Ils attendent quoi pour donner les résultats ! » Lance la voisine de table de Philippe Guglielmi. Le bureau 7 semble important pour la liste. Bruno Lotti, premier adjoint de l’actuelle municipalité et une des chevilles ouvrières de la liste recueille les résultats qui arrivent sur son PC.

21h35. La tension monte dans la salle de l’Espace Cachin où de plus en plus de personnes entrent pour savoir. On rajuste les masques. On se questionne du regard. On parle bas. Chacun sent que la victoire est peut-être toute proche. Tout dépend des résultats. Tout dépend de la mobilisation. D’après les premiers résultats sortis des urnes le taux de participation est un peu plus élevé qu’au premier tour. Un bon signe ?

21h40. Les résultats de l’école primaire Cachin sont enfin arrivés.

« 239 pour nous contre 161. C’est bon pour nous ! » On sourit sous les masques. Mais les jeux sont loin d’être faits. Apparemment la liste Autrement, Romainville à Vivre de François Dechy est en tête dans de nombreux bureaux. Il en reste 3. 

21h45. Les résultats de tous les bureaux sont arrivés. Ils ne sont pas bons. La liste de François Dechy devance celle de Philippe Guglielmi de plus de 250 voix.

Bruno Lotti, lève la tête de son ordinateur

« On perd seul contre tous…Mais seul la victoire est belle… »

Philippe Guglielmi s’est levé. 

« Bon il faut que j’annonce les résultats aux amis ici présents.

On fait cercle autour de lui. Le moment est solennel.

Philippe Guglielmi remercie ses militants

« Je voulais vous remercier du fond du cœur pour cette campagne. C’était grandiose. Finalement, ce n’est pas vous qui m’avez suivi, c’est moi qui vous ai suivi. Vous avez l’avenir devant vous. Ce soir, on n’a pas gagné, mais vous, vous avez gagné. Parce quand on représente sur le projet qui est le nôtre près de 47 %, on a l’avenir devant soi. Alors ne perdez pas confiance… » Les visages sont tirés. Une jeune femme brune pleure. Plus tard, Philippe Guglielmi me dira. 

« Je devais mener ce combat jusqu’au bout. » Un Lieutenant-Colonel ne pouvait pas faire moins. 

Je quitte l’Espace Cachin. 

22h50. Je repars en vélo. Direction la permanence d’Autrement. Cris de joie dans la rue. Klaxons. Une centaine de personnes réunies s’embrassent, trinquent. Peu de monde porte un masque. Une femme crie. 

« Tout le monde à la mairie ! ». 

23h00. La foule se déplace vers l’hôtel de ville tout proche à moins de 100 mètres. Les portes du bâtiment du 19ème siècle qui mène au salon d’Honneur est ouvert. Des policiers municipaux harnachés (gilet de protection, arme de service, taser), veillent au débordement. Devant nous le grand escalier qui mène au salon d’honneur. Élus, militants et sympathisants de la liste Autrement, Romainville à Vivre investissent les lieux. Beaucoup sont étonnés et réalisent la teneur de l’évènement en regardant le décorum. Tout un symbole. 

23h05. François Dechy entre dans le salon sous les applaudissements. Il se dirige vers une petite estrade où sont réunis l’ensemble des membres de la liste Autrement, Romainville à Vivre. Par sa taille, il les domine tous. 40 ans, originaire de Valenciennes, cet ancien de Sciences Po Rennes, choisit de travailler dans le secteur de l’Économie Sociale et Solidaire. En 2011, il crée à Romainville la société Baluchon, agréée entreprise d’insertion et entreprise solidaire d’utilité sociale. 

Ému, il s’adresse au public présent.

« Merci à toutes les romainvilloises et tous les romainvillois qui nous font confiance et qui nous ont porté aujourd’hui. Merci aux pionniers. On est parti un soir de canicule en juin dernier en se disant qu’il fallait qu’on s’engage pour Romainville, pour faire une politique autrement… Un grand merci à Vincent Pruvost et à tous les partis de gauche qui ont eu l’intelligence de travailler avec les citoyens pour porter ce projet et faire rayonner Romainville de sa solidarité, de sa citoyenneté et de sa démocratie. Merci à vous tous. » 

Après ce discours bref du nouveau maire, chacun se sépare. Certains iront faire la fête à « La consigne », un café branché de Romainville. 

Lendemain d’élections. Rien a changé à Romainville. Devant l’école primaire Charcot où j’emmène ma fille en classe, rares sont ceux qui évoquent les municipales.

« Les municipales. Ben non j’ai oublié d’aller voter hier. Et puis avec le coronavirus, ça fait pas envie. » Me dit un parent d’élève.

A Romainville, la majorité de ceux qui ont voté on choisit de voir la ville évoluer Autrement. A suivre…

8 minutes et 46 secondes ont changé l’Amérique

George Floyd est mort en 8 minutes et 46 secondes... Voilà près d’un mois que la rue bouge et se mobilise aux États-Unis pour manifester son mécontentement contre les violences policières. Face à ce mouvement, Donald Trump tente de jouer les gros bras pour mobiliser sa base car les élections présidentielles du 3 novembre approchent. Il y a urgence à la Maison Blanche.

Cathie Abiatecci, designer à Brooklyn et Corinne Deléchat, économiste à Washington témoignent de cette situation inédite.

George Floyd le mort de trop

L’Afro-américain, George Floyd est décédé le 25 mai dernier à l’âge de 46 ans, à Minneapolis dans l’État du Minnesota, à la suite d’une pression excercée sur son cou par le genou de d’un policier blanc Derek Chauvin qui voulait l’arrêter. La pression a duré 8 minutes et 46 secondes avant que l’homme suffoque. Sa mort à bouleversé l’Amérique. Rappelons celle d’Ahmaud Arbery, 25 ans, qui a été tué dans le dos par des policiers le 23 février en Georgie alors qu’il faisait un jogging. Ajoutons le dernier nom sur la longue liste des violences meurtrières : Rayshard Brooks, 27 ans, abattu dans la nuit du 12 juin 2020 à Atlanta par un agent du département de police d’Atlanta, Garrett Rolfe

« Ce pays est extrêmement raciste ! »

Assure Cathie Abiatecci, d’origine française. Elle est arrivée il y a 20 ans à New-York. « Une ville privilégiée où la violence policière envers les minorités est moins forte que dans certains états du Sud »

Formée au design intérieur, elle vit à Brooklyn entre Bedford et Stoneye, un quartier à majorité noir à Brooklyn. Elle a participé à des manifestations. Face aux rodomontades de Donal Trump qui pousse à la répression du mouvement populaire, Cathie espère que cette union contre les violences policières racistes fera bouger les lignes politiques.

Cathie Abiatecci designer à Brooklyn

Inégalités et manque de mobilité sociale pour la minorité noire

Pour Corinne Deléchat, économiste à Washington, la situation d’émeutes aux Etats-Unis est à analyser sous le prisme des travaux de l’économiste américano-indien Raj Chetty. Il précise que eette situation est due en partie à la combinaison de l’augmentation des inégalités et le manque de mobilité sociale pour les noirs américains qui est allé  en s’aggravant. Dans ces quartiers pauvres, la pandémie du Covid 19 à touché la plupart des plus vulnérables dans les minorités. Ajoutons à cela, la brutalité policière qui a mis le feu aux poudres. Corinne Deléchat espère que le mouvement populaire aura des répercutions sur les élections présidentielles de novembre prochain.

Corinne Deléchat, économiste à Washington

Rien ne vas plus pour Donald Trump

Au début des émeutes et des manifestations qui ont émaillé le pays après la mort de George Floyd, Donal Trump a tenté d’envoyer l’armée pour mâter le peuple dans la rue avant de renoncer. Pour faire oublier sa mauvaise gestion du Covid 19 (120 000 morts et 14 millions de chômeurs ), Le président et son équipe a voulu renouer avec ses électeurs en relançant sa campagne à Tulsa (Oklahoma) le 20 juin dernier. Tulsa, une ville marquée par un massacre raciste.  Mal leur en a pris. Trump s’était vanté dans les médias que les organisateurs de ce rendez-vous avaient écoulé un million de tickets en ligne. Mauvais calcul. Les pompiers de Tulsa ont compté seulement 6 200 supporters dans les gradins clairsemés du Bok Center. La faute à qui ? Il semblerait que les internautes se soient rassemblés sur TikTok pour mener une attaque. Leur plan aura été de s’inscrire massivement, en ligne, au meeting gratuit de Donald Trump… sans s’y rendre !

Epilogue d’une semaine catastrophique pour le champion des républicains : la Cour suprême, où il a nommé des juges conservateurs, lui a infligé deux revers, sur les droits des homosexuels et la protection des jeunes immigrés. Et ce n’est pas tout, John Bolton, son ancien conseiller pour la Sécurité nationale vient de publier des mémoires, dans lesquelles il le désigne comme un Président inapte.

Urgence à la Maison-Blanche

Donald Trump espérait relancer sa campagne à Tulsa. Raté ! La mort de George Floyd, de d’Ahmaud Arbery et de Rayshard Brook. Lui collent aux basques. Selon un sondage Associated Presse-Norc, fin mai, 24 % des Américains jugent que le pays va dans la bonne direction, contre 33 % en avril et 42 % en mars. La cote de popularité de Donald Trump est en chute libre Elle est tombée plus bas que celles des présidents Jimmy Carter et George Bush père, en 1980 et 1992. L’un et l’autre n’avaient pas été réélus par les électeurs en novembre, après un unique mandat… Est-ce un signe ? Walk of Shame ?

Emplois Francs : Une chance pour être recruté

Pas simple actuellement de se faire recruter malgré vos compétences et votre expérience surtout si vous résidez dans un quartier dit « difficile ». La solution peut venir justement de ce quartier grâce aux Emplois Francs.

Pour certains c’est le casse-tête.

À diplôme, âge et parcours équivalents, il est plus difficile d’accéder à un emploi pour les habitants de certains quartiers de la République. L’emploi franc, aide à l’embauche expérimentée par le Gouvernement depuis le 1er avril 2018, puis généralisée au 1er janvier 2020, constitue une réponse concrète et innovante à ces difficultés.

Demandeurs d’emploi relevez la tête.

Vous cherchez un emploi ? Vous résidez dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ? Votre embauche en CDD d’au moins 6 mois ou en CDI peut donner droit à une aide financière pour votre employeur. Cette aide peut être un plus pour vous démarquer d’un autre candidat.

Quel est le montant de l’aide ?

Pour une embauche à temps plein, le montant de l’aide s’élève à :

  • 15 000 euros sur 3 ans pour un recrutement en CDI (5000 euros par an) ;
  • 5000 euros sur 2 ans pour un recrutement en CDD d’au moins six mois (2500 euros par an). Ces montants sont proratisés en fonction du temps de travail et de la durée du contrat.

Un atout à mettre en avant

Cet atout, il se trouve que je l’ai, je viens de recevoir un courrier de Pôle Emploi qui me précise que je réside dans un Quartier Prioritaire de la Ville (QPV) éligible au dispositif emplois francs*.

Questions-Réponses sur les Emplois Francs