Romainville demande conseil…municipal

Les écharpes tricolores du maire et des conseillers municipaux © Jean-Claude Djian

Par 27 voix sur les 35 élu(e)s des membres du nouveau Conseil municipal, François Dechy a été nommé maire de Romainville. Retour sur sa désignation, sur les projets d’urbanisme et sur les mesures d’urgence de la nouvelle équipe.

Samedi 4 juillet.

13h40. Plus de deux cents personnes invitées, masques devant le visage, se pressent devant la petite entrée du complexe sportif Colette-Besson.

« Et bien sûr, la grande entrée est réservée, comme il se doit, aux élus ! » Marmonne dans son masque un homme dans la queue.

Covid-19 oblige, c’est dans ce grand gymnase en plein centre de Romainville que va se tenir le Conseil municipal extraordinaire d’installation de François Dechy et de son équipe fraichement élue le 28 juin dernier.

13h50. Chacun prend son mal en patience avant de franchir la porte et de se retrouver sur le terre-plein du complexe sportif. Là, des agents de la police municipale et des hôtesses de la mairie contrôlent les noms et les papiers de chaque personnes sur des listes.

« Elle est là Madame le maire Corinne Valls ? » Demande une vieille dame à une hôtesse.

« Je ne sais pas Madame. Je ne l’ai pas encore vu. » Lui assure l’hôtesse.

13h55. Entrée dans le complexe sportif, sur des tables trônent des gros flacons de liquide hydro alcoolique. C’est dans la salle de basket que se tient l’évènement. Le public commence à s’installer dans les gradins du côté droit et sur des rangées de chaises espacées. Sur la moitié du terrain de basket, des grandes tables recouvertes de tissus rouge carmin sont installées en fer à cheval.

14h10. François Dechy arrive, traverse la salle en saluant son équipe et sort par une porte anti panique qui mène dehors. Il a quelques minutes avant que ne commence la séance du conseil municipal et il veut se concentrer sur son discours d’investiture.

14h20. Il rejoint la salle l’air plus détendu. Une partie des futurs conseillers municipaux s’assoient à leur place autour des tables, tandis que d’autres, élu(e)s de la majorité, se prennent en photo et font des selfies. C’est une nouveauté pour nombre d’entre eux

14h30. Bruit de clochette. Le Conseil municipal commence. Bruno Lotti, s’adresse au public  au micro

« En tant que premier maire adjoint sortant en l’absence de Corinne Valls, maire sortante en exercice, il me revient d’introduire la séance et de déclarer installer leurs fonctions les conseils municipaux élus lors du scrutin du 28 juin dernier. »

15h30. Après avoir reçu son écharpe tricolore, François Dechy fait son discours d’investiture

« Notre méthode, c’est l’échange. C’est la circulation entre ceux qui sont à la mairie et ceux qui n’y sont pas. La mairie n’est pas une porte fermée. Ce n’est pas une forteresse, ce n’est pas une prison ou un refuge pour les élus… » Il demande aux élus de l’opposition de participer aux débats contradictoires. « Ils sont sains et nécessaires. »

François Dechy, Maire de Romainville

15h45. En réponse à François Dechy, Tassadit Chergou, porte-parole des élues de l’opposition signale qu’ils seront.

« Une opposition exigeante et constructive, force de proposition…Exacte contre-pieds de l’ancienne opposition municipale… »

Tassadit Chergou, élue de l’opposition

Audio Extrait Tassadit Chergou

15h50. Vote et nomination des membres du nouveau conseil municipal. Le conseil durera plus de deux heures entre l’appel des élus, les votes, la nomination du maire, son discours, celui d’une élue de l’opposition et la nomination des conseillers municipaux. Un temps incompressible et un déroulement obligatoire.

16h15

Rideau de fer baissé à la permanence d’Autrement © Jean-Claude Djian

A la sortie du Conseil municipal, passage devant la permanence de la liste Autrement du nouveau Maire au 33 de la Rue de Paris. Le rideau de fer blanc était baissé. Normal. Ce lieu de réunion de l’équipe de campagne à quoi servira t-il demain ?

Déambulation vers la mairie toute proche pour prendre le bus 129, direction Mairie de Montreuil. Dans l’attente du bus, direction l’esplanade de la mairie en travaux. Un jeune couple, qui venait de se marier, sortait de l’hôtel de ville. Ils s’embrassaient devant une dizaine de parents. Petits applaudissements, légers youyous. Éviter d’être trop démonstratifs. Le Covid-19 est encore dans les esprits.

L’Urbanisme selon Dechy

François Dechy

On a reproché à l’ancienne municipalité une bétonisation à outrance et un des points capital du nouveau maire est l’urbanisme. Le 18 juin dernier, 10 jours avant le second tour François Dechy s’était exprimé sur cette problématique et avait évoquer un moratoire concernant  le futur des constructions de la ville.

« L’idée est de repenser l’urbanisme à l’aune des besoins des habitants. On ne peut plus avoir un urbanisme qui transforme des lieux d’activité, des lieux d’emplois en logements. Nous avons pris l’engagement de s’opposer à toutes constructions qui supprimeraient des emplois. Car le grand risque serait de faire de Romainville une ville dortoir qui se vide de ses entreprises et qui repousse les habitants les moins fortunés vers d’autres villes. »

Audio mesures d’urgence

Dans son entretien, François Dechy revient sur les mesures d’urgence à prendre face à la crise sanitaire. Il évoque le choix de rouvrir les écoles dès le 17 aout pour mettre en place un programme d’accompagnement et de soutien scolaire ; comment on vient en soutien de l’activité économique ; comment on recrée de la convivialité pendant l’été. Pour la jeune équipe et son Maire, l’été sera chaud à Romainville. Ce sera le moment de se retrousser les manches.

Romainville se voit Autrement

François Dechy, le nouveau maire de Romainville (photo Jean-Claude Djian)

Romainville a choisi le changement en élisant au fauteuil de  maire François Dechy, un homme qui vient de la société civile allié à une liste citoyenne et divers gauche et écologie. Face à lui Philippe Guglielmi, membre du PS et ancien élu de la ville, n’a pas pu apporter la vraie rupture attendue par rapport à la municipalité sortante dirigée depuis 22 ans par Corinne Valls. Retour sur la campagne du 2ème tour in situ.

A l’image des tendances nationales, le taux de participation à Romainville a été faible avec 36,55% de votants (votes nuls : 1,16%, votes blancs : 1,66%). François Dechy a été élu avec 53,27% (2 902 voix), Liste Autrement, Romainville à Vivre, réunissant les deux listes arrivées 2ème et 3ème au 1er tour des municipales, face à Philippe Guglielmi (PS), liste Unis pour Romainville 46,73% (2 546 voix) qui réunissait un certain nombre d’élus de l’ancienne municipalité. 

Romainville est une ville de 26 510 habitants de Seine Saint Denis. Coincée entre les communes de Montreuil, Bagnolet et des Lilas, Romainville est principalement connue pour son cinéma « Le Trianon » au style Art Déco. C’est là, que dans les années 80 se tournait l’émission « La dernière séance » d’Eddy Mitchell. La salle d’Arts et Essai n’est pas la seule à être reconnue. A Romainville, on trouve la Maison de la Philo, seule structure municipale dédiée à la pratique philosophique pour les enfants et les adultes – Nous y reviendrons dans un prochain article – 

Romainville verra arriver dans deux ans la prolongation de la ligne 11 du métro. La place de la République sera alors à moins de 15 minutes. Le prolongement du Tramway T1 desservira aussi la ville. L’arrivée de ces deux moyens de transport commencent à attirer nombre de personnes. Pour la nouvelle municipalité ces rendez-vous sont importants. Car la ville prendra un nouvel essor et aura un rayonnement plus important.

Dimanche 28 juin. 

21h00. Il n’y a personne à l’intérieur de la permanence d’Autrement. Dans une galerie à côté, des militants boivent un verre. 

« Il n’y a personne de la liste Autrement, Romainville à Vivre dans les parages ? »

« Ils font le dépouillement dans les bureaux de vote. » Me lance un quarantenaire qui se roule une cigarette. 

J’enfourche mon vélo et me dirige vers l’Espace Cachin, le PC de la liste Unis pour Romainville. C’est ce qu’on appelle, un espace de proximité où il y a une salle de danse pour enfants et adultes. Dehors jeunes et adultes attendent en discutant. Les jeunes ne portent pas de masques. J’entre masqué. Entre les deux portes issue de secours de la salle, deux tables ont été dressées sur le parquet en bois. Autour 10 chaises en plastiques sur lesquelles sont assis Philippe Guglielmi et une partie de ses colistiers. Ils ont enlevé leurs masques pour mieux communiquer. Ils recueillent fébrilement les résultats sortis des urnes des 13 bureaux de vote de la ville. Du bureau 1 de la Mairie, en passant par le 5 de l’Espace Nelson Mandela en passant par le 10 de l’Ecole Primaire Charcot (voir article La distribution des devoirs : Une super B.A. !) pour terminer par le bureau 13 de l’Ecole Primaire Maryse Bastié. On compte et recompte. Il faut vérifier. Cela prend du temps. Les minutes s’égrènent.

Philippe Guglielmi (photo Jean-Claude Djian)

Philippe Guglielmi, consulte son portable. Puis demande à mi-voix à sa voisine. « Combien ils font pour le 11 ? »

« On n’a pas encore les résultats définitifs Philippe. »

Le prétendant à la mairie lève les yeux. Me regarde et sourit.

« C’est long. Il faut être patient. » Je ne sais pas si il le dit à moi ou à lui-même. Cheveux noirs geais tirés en arrière, chemise blanche, costume gris sur lequel on peut voir au revers de son veston la rosette de la Légion d’Honneur. Notre homme, originaire d’Antibes, la soixantaine, a plusieurs distinctions à son actif dont la croix de la valeur militaire avec citation et la médaille de guerre. Avant de se lancer dans la politique, il a été militaire de carrière et ancien casque bleu au Liban où il a été blessé lors d’une embuscade au sud de Beyrouth 

21h30. Philippe Guglielmi quitte son siège et sort pour se dégourdir les jambes. Un homme rentre. 

« Alors ? C’est pas fini ? A Bagnolet on a déjà les résultats définitifs. »

Philippe Guiglielmi arrive derrière lui. 

« Bonjour ! »

« Bonjour Philippe. C’est long ! »

« Hé oui ! C’est comme ça. »

Il se rassoit à sa place. Les résultats arrivent les uns après les autres. Les listes Unis pour Romainville et Autrement, Romainville à Vivre sont au coude à coude sur plusieurs bureaux. Rien n’est encore définitif. 

« Et Cachin. Ils attendent quoi pour donner les résultats ! » Lance la voisine de table de Philippe Guglielmi. Le bureau 7 semble important pour la liste. Bruno Lotti, premier adjoint de l’actuelle municipalité et une des chevilles ouvrières de la liste recueille les résultats qui arrivent sur son PC.

21h35. La tension monte dans la salle de l’Espace Cachin où de plus en plus de personnes entrent pour savoir. On rajuste les masques. On se questionne du regard. On parle bas. Chacun sent que la victoire est peut-être toute proche. Tout dépend des résultats. Tout dépend de la mobilisation. D’après les premiers résultats sortis des urnes le taux de participation est un peu plus élevé qu’au premier tour. Un bon signe ?

21h40. Les résultats de l’école primaire Cachin sont enfin arrivés.

« 239 pour nous contre 161. C’est bon pour nous ! » On sourit sous les masques. Mais les jeux sont loin d’être faits. Apparemment la liste Autrement, Romainville à Vivre de François Dechy est en tête dans de nombreux bureaux. Il en reste 3. 

21h45. Les résultats de tous les bureaux sont arrivés. Ils ne sont pas bons. La liste de François Dechy devance celle de Philippe Guglielmi de plus de 250 voix.

Bruno Lotti, lève la tête de son ordinateur

« On perd seul contre tous…Mais seul la victoire est belle… »

Philippe Guglielmi s’est levé. 

« Bon il faut que j’annonce les résultats aux amis ici présents.

On fait cercle autour de lui. Le moment est solennel.

Philippe Guglielmi remercie ses militants

« Je voulais vous remercier du fond du cœur pour cette campagne. C’était grandiose. Finalement, ce n’est pas vous qui m’avez suivi, c’est moi qui vous ai suivi. Vous avez l’avenir devant vous. Ce soir, on n’a pas gagné, mais vous, vous avez gagné. Parce quand on représente sur le projet qui est le nôtre près de 47 %, on a l’avenir devant soi. Alors ne perdez pas confiance… » Les visages sont tirés. Une jeune femme brune pleure. Plus tard, Philippe Guglielmi me dira. 

« Je devais mener ce combat jusqu’au bout. » Un Lieutenant-Colonel ne pouvait pas faire moins. 

Je quitte l’Espace Cachin. 

22h50. Je repars en vélo. Direction la permanence d’Autrement. Cris de joie dans la rue. Klaxons. Une centaine de personnes réunies s’embrassent, trinquent. Peu de monde porte un masque. Une femme crie. 

« Tout le monde à la mairie ! ». 

23h00. La foule se déplace vers l’hôtel de ville tout proche à moins de 100 mètres. Les portes du bâtiment du 19ème siècle qui mène au salon d’Honneur est ouvert. Des policiers municipaux harnachés (gilet de protection, arme de service, taser), veillent au débordement. Devant nous le grand escalier qui mène au salon d’honneur. Élus, militants et sympathisants de la liste Autrement, Romainville à Vivre investissent les lieux. Beaucoup sont étonnés et réalisent la teneur de l’évènement en regardant le décorum. Tout un symbole. 

23h05. François Dechy entre dans le salon sous les applaudissements. Il se dirige vers une petite estrade où sont réunis l’ensemble des membres de la liste Autrement, Romainville à Vivre. Par sa taille, il les domine tous. 40 ans, originaire de Valenciennes, cet ancien de Sciences Po Rennes, choisit de travailler dans le secteur de l’Économie Sociale et Solidaire. En 2011, il crée à Romainville la société Baluchon, agréée entreprise d’insertion et entreprise solidaire d’utilité sociale. 

Ému, il s’adresse au public présent.

« Merci à toutes les romainvilloises et tous les romainvillois qui nous font confiance et qui nous ont porté aujourd’hui. Merci aux pionniers. On est parti un soir de canicule en juin dernier en se disant qu’il fallait qu’on s’engage pour Romainville, pour faire une politique autrement… Un grand merci à Vincent Pruvost et à tous les partis de gauche qui ont eu l’intelligence de travailler avec les citoyens pour porter ce projet et faire rayonner Romainville de sa solidarité, de sa citoyenneté et de sa démocratie. Merci à vous tous. » 

Après ce discours bref du nouveau maire, chacun se sépare. Certains iront faire la fête à « La consigne », un café branché de Romainville. 

Lendemain d’élections. Rien a changé à Romainville. Devant l’école primaire Charcot où j’emmène ma fille en classe, rares sont ceux qui évoquent les municipales.

« Les municipales. Ben non j’ai oublié d’aller voter hier. Et puis avec le coronavirus, ça fait pas envie. » Me dit un parent d’élève.

A Romainville, la majorité de ceux qui ont voté on choisit de voir la ville évoluer Autrement. A suivre…

La distribution des devoirs : Une super B.A. !

Voilà bientôt 6 semaines que les délégués de parents d’élèves de l’école primaire Jean Charcot de Romainville en Seine-Saint-Denis, distribuent des devoirs aux enfants décrocheurs et à ceux qui n’ont pas les moyens de les imprimer.

Voilà bientôt 6 semaines que les délégués de parents d’élèves de l’école primaire Jean Charcot de Romainville en Seine Saint Denis, distribuent des devoirs aux enfants décrocheurs et à ceux qui n’ont pas les moyens de les imprimer.

Mardi 26 mai. Je connais bien le sujet car je suis un de ces délégués et je fais cette distribution en vélo avec ma fille, élève de CE2. J’ai dans mon sac une dizaine de grandes enveloppes kraft siglées Écoles Communales  de Romainville 93230 Seine-Saint-Denis sur lesquelles figurent le nom et l’adresse des élèves que je vais distribuer dans leurs boites. Ma fille est moi faisons la tournée dans des cités et des rues de notre quartier. La première  fois que nous avons fait la distribution ensemble, quand nous sommes rentrés à la maison, j’ai dit à ma fille. 

«Aujourd’hui, nous avons fait une B.A. !» 

« C’est quoi une B.A. Papa ? » 

« C’est une Bonne Action. » 

« Alors, c’est une super Bonne Action !… »

Depuis la fin des vacances scolaires de Pâques, tous les mardis à 11h00 nous avons rendez-vous dans le hall de l’entrée de l’école masqués. Là, le directeur Yann Lecacheux et deux instituteurs nous reçoivent pour nous remettre une quarantaine d’enveloppes dans lesquelles se trouvent les devoirs imprimés des différents niveaux de classe du CP au CM2. L’école a un blog et depuis le 16 mars dernier, date du confinement, chaque enseignant met en ligne des devoirs pour ses élèves. Si la grande majorité fait les exercices, d’autres ont du mal. Soit parce qu’ils ne sont pas ou mal équipés en matériel informatique, soit parce qu’ils ne peuvent pas imprimer les devoirs à faire et à renvoyer complétés sur le blog.

Lundi 27 avril. Lors d’une visioconférence organisée avec les parents de CE2 dont il est enseignant, Yann Lecacheux, le directeur a précisé.

« Sur l’ensemble des élèves de l’école, nous en avons perdus une trentaine dont nous n’avons pas de nouvelles. Nous ne savons pas si leurs parents ont les moyens informatiques pour se connecter sur le blog. La solution est de leur faire parvenir les devoirs. »  « Moi je peux en distribuer. » Assure Elodie Girardet déléguée comme moi et Directrice de Centre d’information et d’orientation à Noisy le SecElle est maman d’une élève de CE2 dont la fille est amie avec la mienne. « Et je suis persuadée qu’une partie des délégués de parents d’élèves élus avec des parents volontaires pourront assurer la distribution. » 

Dans la liste que nous a fourni le directeur de l’école, les ¾ des adresses des élèves sont bonnes. En revanche, certains enfants n’habitent plus ou pas du tout à l’adresse indiquée. Il m’est arrivé de mener une enquête pour retrouver un élève de CE2 qui était censé habiter non loin du cinéma Le Trianon. Le fameux cinéma où se tournait l’émission « La dernière séance » d’Eddy Mitchell dans les années 80. C’est la pharmacienne de la place Carnot qui m’a donné les bonnes coordonnées de la famille. Cette dernière a été étonné que je sonne à leur porte pour leur remettre les devoirs. 

Tous les profs sur le pont.

Depuis le début du confinement, les enseignants n’ont eu de cesse de mettre du travail sur le blog de l’école pour leurs élèves. Depuis la fin des vacances de Pâques, des visioconférences ont été établies entre les profs et les élèves pour garder le contact. Ils ont préparé la réouverture de l’école qui a commencé le jeudi 14 mai en coordination avec la mairie de Romainville et l’inspection académique locale. Tout aurait pu bien se passer si le poids de l’administration ne s’était fait sentir. Les rapports avec la mairie sont difficiles. Pas simple quand la Maire, Corinne Valls (DVG) tire sa révérence après 22 années à la tête de la municipalité. Du coup nombre d’élus sont injoignables. Très vite une pénurie de masques et de gel hydroalcoolique est arrivée. Sans ce matériel, impossible de continuer à faire classe. C’est l’Éducation Nationale qui doit les fournir et l’inspection académique a attendu des livraisons qui ne sont pas arrivées à temps. Imaginez les coups de fil répétés et les énervements du directeur de l’école et de ses collègues enseignants et nous délégués qui  essayions de tempérer la situation. Les cours ont repris, mais il n’y a pas plus d’une trentaine d’élèves sur 212.

Mardi 26 mai 11h00. L’heure du rendez-vous pour dispacher les devoirs des élèves. 

« Alors quoi de neuf ? » Je lance à Yann Lecacheux. Le directeur me regarde l’air un peu dépité. « On a plus d’internet. L’ADSL ne marche plus… » Un enseignant de CM2 présent à la distribution précise. « Je fais tourner internet avec le point d’accès Wifi de mon portable. J’ai un forfait illimité.»

Super la technologie moderne ! Mais est-ce La Solution ? Yann Lecacheux qui s’était éclipsé revient avec une copie de la lettre qu’il a adressé à  M. François Vanetti, Inspecteur de l’éducation nationale de notre circonscription Romainville / Les Lilas / Le Pré-Saint-Gervais. Il me l’a tend.

« Tenez, je vous en ai fait une copie. »

Dans ce courrier, le directeur pose une question. « La commune peut-elle mettre en place un réseau qui fonctionne dans l’école à minima avec une connexion fibre ? » (une grande partie de Romainville est connectée à la fibre) « La convention entre la commune et l’Éducation Nationale ne peut-elle pas être réactualisée, car elle date de plus d’une dizaine d’années ? »

Entre le marteau et l’enclume, le directeur donne l’air de se battre contre des moulins à vent. Il est patient. En face de lui, la mairie et l’inspection académique semblent aux abonnés absents. 

Distribution des devoirs, un devoir pour les délégués 

Elodie Girardet : Les délégués sont des relais entre les profs et les parents

« On est de vrais relais pour les profs. On peut aller au domicile des familles ce qu’eux ne peuvent pas faire. On fait aussi le lien avec la municipalité et l’inspection académique. On est un peu le poil à gratter des institutions quand ça coince… » Assure Elodie Girardet.

Nous nous sommes lancés dans cette distribution en nous disant que c’était normal d’aider les enfants et les familles en difficulté. Voilà près de six semaines que nous assurons la distribution et les retours des parents sont bons. Quand nous faisons la tournée, chaque délégué appelle au numéro d’un des parents qui est sur la liste afin de le prévenir que les devoirs de leur enfant sont dans leur boite à lettres. On m’a dit souvent.

« Merci beaucoup Monsieur ! … » « C’est très bien ce que vous faites… » « Bon courage Monsieur et à la semaine prochaine !… »

Ces remerciements et ces encouragements d’autres délégués les ont reçus également. Pour ces enfants et leur famille, nous sommes le relais de l’école, le secours dont ils avaient besoin, le coup de pouce nécessaire pour redonner courage à ceux qui en ont le plus besoin. 

Avec la distribution des devoirs, le travail des délégués de parents d’élèves prend tout son sens. On espère qu’à la rentrée prochaine, nous aurons moins de mal à trouver des volontaires pour faire partie de la liste FCPE et peut-être d’une liste indépendante. Notre travail sera peut-être récompensé par un afflux de votes des parents aux élections des délégués de parents d’élèves.

Dans la cour, les enfants jouent à chat-ombre

Mardi 2 juin. L’école primaire Charcot ouvre un peu plus grand ses portes. Une soixantaine d’enfants sont retournés en cours dont ma fille. 

En raison du grand nombre d’enfants et du protocole sanitaire à respecter il y a 8 groupes de niveaux répartis sur la semaine. 4 groupes seront en classe les lundis, mardis et mercredis matin et les 4 autres groupes les jeudis et vendredis. C’est une institutrice de CM2 qui fera classe au CE2 les lundis, mardis, et mercredis. La distribution des devoirs est suspendue. le directeur Yann Lecacheux a contacté les familles leur demandant de venir chercher directement les enveloppes de devoirs à l’école. A la sortie de l’école, ma fille me raconte sa rentrée.

« C’etait trop bien de revoir les copines. Dans la cour on a joué à chat-ombre. »

Chat-ombre, voilà un jeu qui respecte la distanciation. L’enfant qui joue le rôle du chat touche l’ombre d’un autre enfant qui devient lui-même chat. 

Mercredi 3 juin. En déposant ma fille en classe, je vois le directeur. Il a les traits tirés.

« Cette deuxième rentrée se passe bien ? »

« Tout va bien de ce côté-là. Le seul problème, c’est qu’il y a eu seulement 6 familles qui sont venus récupérer les devoirs hier. 6 sur 30 c’est très peu. Je ne sais plus ce qu’il faut faire. »

Demain jeudi et vendredi, c’est une remplaçante qui fera classe au CE2. Son poste est tournant et l’inspection académique peut l’appeler du jour au lendemain pour aller faire un remplacement dans une autre école du secteur. Si c’était le cas, le directeur Yann Lecacheux reprendrait la classe. Il n’a pas le choix alors que la situation sanitaire et l’organisation de cette rentrée très spéciale voudrait qu’il soit détaché de son poste d’enseignant.

On espérait que les choses changeraient avec cette pandémie. On se trompait. Dans l’Éducation nationale, le mal est profond. On n’est pas prêt de trouver un vaccin pour enrayer sa maladie.